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UN BILAN ROUGE ET VERT DES ELECTIONS AU ROYAUME UNI

vendredi 22 mai 2015

Pour Toby Abse, de l’AGS (Alliance pour un Socialisme Vert) la principale raison de la défaite des Travaillistes aux élections législatives anglaises ne tient pas au manque de charisme de son leader ou à la fin de sa campagne considérée comme trop à gauche par les blairistes et les principaux médias britanniques, mais à la flambée électorale du Parti National Écossais (SNP) qui a fait perdre au Labour ses 40 sièges en Écosse. S’ajoute à cela un certain succès de la campagne alarmiste des Tories (les conservateurs) et de la puissante presse faisant du Labour l’otage des séparatistes écossais en cas de victoire, ce qui aurait ramené vers les Tories une part de l’électorat conservateur et europhobe séduit par le UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni ). Pour Toby Abse, il est probable qu’une part substantielle des 4 millions de votes UKIP provient d’anciens électeurs travaillistes et des classes populaires. Voici des extraits de son analyse :

Contrairement aux analyses des principaux médias et de l’aile droite du Labour (les blairistes), le vote pour les Travaillistes a légèrement augmenté par rapport à 2010, malgré l’effondrement dramatique de la partie écossaise. Cette augmentation marginale est due au virage à gauche très tardif et timide d’Ed Miliband, le leader travailliste, parlant enfin de taxer les plus riches ou de lutter contre les contrats zéro heure. Cela explique aussi les piètres résultats de la gauche radicale (de Socialist Coalition, de Left Unity, de AGS , etc).

L’analyse dominante du nécessaire virage à droite du Labour pour récupérer son électorat est aussi démentie dans les faits

par les résultats écossais. Le SNP (Parti indépendantiste écossais) a fait une campagne anti-austérité, attaquant le Labour sur sa gauche. Or non seulement les travaillistes écossais sont plus à droite que leurs homologues anglais, mais ils ont mené une campagne commune avec les Tories haïs en Écosse lors du récent référendum indépendantiste et ont choisi comme leader en Ecosse l’extrême-blairiste Jim Murphy.

Il n’est pas surprenant qu’un grand nombre d’électeurs écossais de gauche aient voté pour le SNP en pensant voter social-démocrate . Il ne faut pas pour autant reprendre l’analyse erronée d’un SNP de gauche faite par l’extrême gauche anglaise : le SNP a imposé des réductions budgétaires locales et au niveau du Parlement écossais (en mettant ça sur le dos des conservateurs de Westminster). Si les étudiants en Ecosse ne paient pas de frais d’inscription, les lycées publics écossais ont encore plus souffert qu’en Angleterre. Pour la santé, l’’Écosse investit encore mois que l’Angleterre par habitant. Le programme électoral du SNP a été jugé encore plus déflationniste que celui des conservateurs, du Labour ou des libéraux par l’Institute of Fiscal Studies

Le vote de protestation en Angleterre a pris différentes formes. Il serait stupide d’ignorer le succès des Verts qui ont remporté plus d’un million de voix (4%). Il convient de l’analyser comme, dans une large mesure, un vote de gauche. Les Verts se présentaient comme anti-austérité, pour la justice sociale et sur certains points, comme la renationalisation du rail, clairement à la gauche du Labour.

Toutefois, les Verts restent un parti de la classe moyenne et de diplômés universitaires, rêvant d’une société plus juste et écologiquement durable sans rupture avec le capitalisme. Ils ont attiré bien plus que le Labour la partie la plus à gauche de l’électorat centriste du Lib Dem (Libéraux-démocrates).

L’élément le plus inquiétant de ces élections, c’est la taille et la nature du vote UKIP (plus de 4 millions d’électeurs, 13% des voix ). Il y a évidemment son électorat d’origine, une classe

moyenne issue de la droite europhobe et souvent raciste des conservateurs, mais UKIP a aussi fait des percées électorales importantes dans la classe ouvrière traditionnellement travailliste, dans le Nord et les Midlands en particulier. On peut parler d’un vote sanction contre un Labour ayant tourné le dos aux classes populaires, d’un vote de protestation contre les bas salaires, le chômage, le manque de logements sociaux. Le récit que fait l’UKIP des responsabilités dans ce paysage social (la faute à l’Union européenne, aux immigrants ou aux deux) est beaucoup plus simple que toute analyse anti-capitaliste et à bien des égards, est seulement une version plus radicale des explications données par les grands partis et la presse tabloïd. Je suis plus dubitatif sur la théorie d’une stratégie orchestrée de mise en avant de l’UKIP pour neutraliser le vote populaire, même si l’énorme coup de pouce qui lui a été donné par les médias est indéniable. Si la gauche n’arrive pas à regagner cet électorat populaire, il y a un danger réel qu’une force équivalente au Front National ou à la Ligue du Nord en Italie ne s’installe durablement dans le paysage politique anglais.

Une des rares bonnes nouvelles de ces résultats électoraux reste la claque électorale qu’ont reçue les libéraux-démocrates, collaborateurs enthousiastes des conservateurs. Leur défaite jusque dans la forteresse libérale de l’ouest du pays suggère une disparition durable si ce n’est définitive des Lib. Dem .

Ne représentant qu’un tiers des électeurs, et avec une majorité de 12 sièges seulement , qui pourrait bien s’éroder suite à des décès ou à des scandales, les 5 prochaines années de la majorité tories, avec les questions européennes et écossaises en point de mire risque d’être difficiles .

Mais dans l’immédiat, il va falloir que nous intensifions nos efforts pour défendre ce qui reste d’Etat-Providence, car il ne faudra pas espérer que l’opposition travailliste inefficace, avec son agenda « pro-business », n’offre un bouclier, même bosselé.

A paraître dans NRVV

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