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GRECE ELEMENTS D’ANALYSE 13 JUILLET

lundi 13 juillet 2015

Accord en position de faiblesse pour le gouvernement grec
le seul acquis réel est que ce gouvernement reste en place malgré les nombreuses tentatives de déstabilisation et de "putsch à froid’
les désaccords s’exprimeront légitimement au sein de Syriza
mais l’éclatement du parti serait une catastrophe risquant d’ouvrir la voie a des recompositions politiques qui, cette fois seraient une défaite globale

URGENCES :
amplifier la solidarité
et agir pour ouvrir de nouvelles brèches dans le carcan néo libéral

Jean-Jacques B

Les dirigeants européens ont donné ce lundi matin un feu vert de principe à l’ouverture des négociations pour ouvrir un troisième plan d’aide à la Grèce.

Après 17 heures de négociations ininterrompues – un record dans l’histoire de la zone euro - les dirigeants européens ont donné ce lundi matin un feu vert de principe à l’ouverture des négociations pour ouvrir un troisième plan d’aide à la Grèce. Son montant est estimé entre 82 et 86 milliards d’euros pour répondre aux besoins de financement de la Grèce sur trois ans.

« La crédibilité de l’Europe aurait été atteinte s’il n’y avait pas eu d’accord aujourd’hui », a affirmé François Hollande, qui a parlé d’une « bonne nuit pour l’Europe ». L’accord permet d’éviter un scénario noir : la possibilité de sortie de la zone euro. « Exit le Grexit », a affirmé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

« Je peux soutenir les conclusions des négociations avec une conviction totale », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays affichait les positions les plus dures dans la négociation. L’accord politique va permettre à la Banque centrale européenne (BCE) de maintenir les banques à flot.

Le gouvernement grec a « livré jusqu’au bout un combat juste », qui a débouché sur un « accord difficile » mais garantissant la « stabilité financière » et la relance en Grèce, a déclaré le Premier ministre grec, Alexis Tsipras. Ce programme est supérieur au plan de sauvetage du Portugal de 2011 (78 milliards d’euros) ou de l’Irlande (68 milliards) réalisés en 2011. En voici les principaux points.
Les réformes

L’aide ne pourra être négociée, qu’une fois l’adoption par le Parlement grec d’un paquet de réformes prioritaires. Ce paquet doit être voté d’ici mercredi, afin que la Grèce témoigne de son sérieux et reconstruise la confiance avec ses créanciers. Il s’agit de faire passer la réforme de la TVA, la réforme des retraites, un texte sur l’indépendance de l’institut national de statistiques, et sur la création d’un comité budgétaire indépendant, qui devra veiller à ce que la Grèce respecte bien les objectifs de surplus budgétaire primaire défini dans le cadre de son nouveau programme d’aide.

La Grèce doit parvenir à dégager peu à peu d’ici 2018 un surplus budgétaire primaire (hors charge des intérêts de la dette) de 3,5%. Dans un second temps, d’ici au 22 juillet, la Grèce devra faire voter la réforme de la justice pour améliorer le code des procédures civiles et transposer la Directive sur le redressement et la résolution des crises bancaires (BRRD). D’autres réformes devront suivre, notamment celles du marché du travail ou du marché de l’énergie.
Le Grexit

Dans sa version initiale, le texte provisoire de l’Eurogroupe brandissait la menace d’une sortie provisoire de la zone euro, assortie d’une restructuration de la dette « au cas où un accord ne pourrait être atteint ». Cette possibilité de « Grexit », introduite à la demande du ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, a été éliminée à la demande du Premier ministre grec, soutenu fermement par François Hollande.

Mais les discussions ont été animées, la Finlande exigeant de maintenir cette option, pour des raisons électorales internes. Au final, l’Allemagne a bien manœuvré, cette concession accordée à Alexis Tsipras étant avant tout un leurre tactique pour obtenir davantage sur d’autres points, comme le confiait une source européenne. Elle risque cependant de ternir son image, comme en témoigne les foudres des internautes qui se sont déchainés sur twitter en critiquant une forme de domination allemande sur la Grèce et l’Europe.
Ls privatisations

L’Allemagne a obtenu le principe de transférer des actifs grecs dans un fond de garanties indépendant chargé de mener les privatisations et de monétiser des actifs grecs. Il doit viser un montant de 50 milliards d’euros à long terme, montant demandé par l’Allemagne mais jugé irréaliste par nombre d’experts.

Pour le Fonds monétaire international (FMI), le potentiel des recettes de privatisations en Grèce ne dépasse pas 7 milliards. Ce fonds garderait toutefois en actif les 25 milliards désormais prévus pour recapitaliser des banques grecques au bord de la faillite. Il offrira ainsi un gage aux créanciers et permettra d’améliorer la soutenabilité de la dette. « Un tel fond serait géré par les autorités grecques sous la supervision des institutions européennes compétentes », explique l’accord final.

L’Allemagne avait proposé qu’il soit placé au sein d’une structure créée l’an dernier au Luxembourg par sa banque publique, la KfW (dont Wolfgang Schauble est président du conseil de surveillance), avec la Grèce. Une exigence rejetée par Alexis Tsipras.
La dette

En novembre 2012, la zone euro avait promis de revoir ses conditions de prêts, si la Grèce parvenait à atteindre un excédent budgétaire primaire. Ce qui n’a jamais eu lieu, en dépit des réclamations du précédent premier ministre grec Antonis Samaras.

La zone euro a réitéré cette offre, déclarant qu’elle pourrait offrir un allongement de la durée des prêts et du moratoire sur le paiement des intérêts, lorsque l’essentiel des réformes sera mis en œuvre et après un avis favorable donné par la Commission européenne, le FMI et la BCE. Ce fut « la question la plus controversée », a souligné François Hollande. « 

Certains pays disaient que la dette n’est pas soutenable et plaidaient donc pour une sortie de la Grèce de la zone euro, avec le fonds de garantie et en espérant un retour de la croissance, elle le sera ». En revanche, les dirigeants ont couché noir sur blanc leur refus de procéder à tout effacement de la valeur nominale de la dette.

Le rôle du FMI

Alexis Tsipras souhaitait que le FMI reste en dehors du nouveau programme. Le FMI maintiendra son programme d’aide dans lequel il reste 16 milliards et restera présent, une condition sine qua non imposée par l’Allemagne. Avec pragmatisme, François Hollande a souligné que se priver du FMI aurait signifié une aide européenne encore plus importante, et qu’il était bon de garder cette source de financement à bord.
Crédit relais

Pour combler le trou dans les finances publiques grecques entre aujourd’hui et la fin des négociations, qui devraient durer de deux à quatre semaines, diverses options doivent etre étudiées cet après-midi par les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe).

La Grèce est confrontée à des remboursements de 7 milliards d’euros jusqu’au 20 juillet et de 5 milliards additionnels jusqu’à mi-aout. Une possibilité consiste à inclure les profits du programme d’achats d’actifs dit « SMP » de la Banque centrale européenne (BCE). Athènes a théoriquement droit à 1,8 milliards d’euros au titre de 2014 et 1,5 au titre de 2015. Par ailleurs, un transfert de 3 à 4 milliards d’euros du mécanisme européen de stabilité financière (EFSM) serait également envisagé. Ce dernier aurait encore une capacité d’emprunt de 13 milliards.
Le calendrier

La première étape clef sera le vote - d’ici mercredi 15 juillet - du Parlement grec des réformes clefs. Toute la question est de savoir si le Premier ministre Alexis Tsipras, confronté à la fronde de son aile gauche, sera en mesure de faire voter des mesures qui vont bien au-delà de celles qui avaient été rejetées par 61% des électeurs grecs lors du référendum de dimanche dernier.

S’il réussit, les conditions seront réunies pour que les gouvernements de six pays demandent en fin de semaine à leurs Parlements respectifs de pouvoir entre en négociations formelles avec Athènes (Allemagne, Finlande, Pays-Bas, Lettonie, Slovénie, Autriche). Le vote allemand est politiquement sensible car Angela Merkel risque de s’aliéner une partie de son parti chrétien-démocrate (CDU) et de son alliée bavaroise (CSU).

Mais elle peut compter sur le soutien du Parti social-démocrate (SPD) et d’une partie de l’opposition. Le vote finlandais s’annonce plus tendu. Le parti nationaliste des Vrais Finlandais, qui siège au gouvernement, avait menacé de rejet avant le sommet européen. Dans cette situation, le programme serait d’abord bloqué et le MES pourrait engager la procédure de vote en urgence permettant de décider avec une majorité de 85% des droits de vote.

La Finlande en possédant 2%, elle ne serait pas en mesure de bloquer davantage. Mais le signal envoyé vers l’extérieur serait désastreux. Les partenaires espèrent ne pas en arriver là et pouvoir décider donner un feu vert

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