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VAE VICTIS ? UNE REPONSE

jeudi 16 juillet 2015

Pourquoi c’est compliqué.
Les tribunes et textes de Pierre Khalfa disent des choses justes. Mais ça ne règle malheureusement pas toute la question. Au coeur du problème de positionnement n’est pas la question de "l’essence de l’UE et de la zone euro", il y a longtemps qu’on sait de quoi il retourne. Mais il y a une question de rapports de force. Tel qu’ils se manifestent ils ne sont pas suffisants, et de loin, pour contraindre à des bougés à l’interne. Si c’était le cas, "les traités" on s’en arrange, c’est d’ailleurs ce que fait la BCE depuis des mois, outrepassant allègrement les limites de son statut (sauf au profit de la Grèce, évidemment). Ce que l’on sait maintenant est que cette voie est bouchée, pour ces raisons précises de rapport de force. Rapports de force généraux entre classes, et aussi, d’une manière éclatante, entre blocs de pays et ceci au profit de celui dominé par l’Allemagne. La déconnexion des situations et des rapports de force entre les pays apparaît évidemment insurmontable dans l’immédiat, ce que montre à en pleurer la faiblesse du soutien populaire à la Grèce.
Une autre question centrale a été réglée pratiquement, celle de savoir qui avait "le plus peur" du Grexit. Peut-être à tort (qui peut savoir ?) les marchés et les secteurs liés à l’Allemagne en avaient beaucoup moins peur que le peuple grec. Ce qui d’ailleurs laisse ouverte une autre question, juste posée en arrière plan. Ce que l’Allemagne a fait à la Grèce, pourrait-elle le faire à la France (peut-être même à l’Espagne) sans dégâts définitifs ?
Mais analyse concrète d’une situation concrète, c’est la Grèce qui est en première ligne. Et dans les conditions décrites ci-dessus, comme l’explique très bien Varoufakis (même si lui estimait jouable l’épreuve de force au bord du précipice) il est très difficile de défendre un plan A de réel compromis interne à la zone tout en préparant un plan B de sortie. Même "les mesures unilatérales" évoquées par Pierre auraient, dit Varoufakis (et franchement comment en douter maintenant), été suivies (voire...précédées tant ces mesures ne peuvent pas techniquement et politiquement être installées du jour au lendemain) de rétorsions insupportables. Même les hésitations de Tsipras l’ont été du coup d’état financier que l’on sait. Et donc, comme il le dit, toute préparation d’un plan B, ou même de mesures partielles de rupture, sont autoréalisatrices en dynamique.
Retour alors aux rapports de force. Il faut pour avoir une chance, au moins, un peuple préparé (autant qu’on peut l’être) à ceci, gagné à l’idée de l’épreuve de force jusqu’au bout, et donc (même si je continue comme Pierre à dire qu’il est absurde de commencer par là), à ce qu’il y ait une vie hors de l’euro. Mais comment contribuer à cette préparation sans insister préférentiellement non sur la modification interne (l’Europe sociale), mais sur la nocivité des institutions actuelles, de la difficulté (voire l’impossibilité) de les faire bouger, et donc celle de se préparer à la sortie ? Ce que montre l’exemple grec est que quand on arrive au bout de la démonstration que "les autres" sont des dictateurs inflexibles, il est trop tard pour compter sur un peuple ayant apprivoisé la possibilité de la sortie. Exactement ce qu’a dit Tsipras au Parlement, sauf que lui défend que rester dans l’euro, c’était à tout prix. Il faudrait pour cela que les modalités précises de sortie (éventuelle et en vue même de l’éviter) soient sur la table, publiquement discutées. Et ce travail préparatoire ne peut aller qu’avec un équilibre de ce que nous disons qui soit centré sur "euro, prison des peuples". En luttant parallèlement pour éviter les glissements nationalistes, donc en conservant l’idée générale d’une autre Europe. Plus facile à dire qu’à faire.
Compte tenu des rapports de force, rien ne dit qu’on arriverait à convaincre une majorité d’aller vers une rupture coûteuse d’une telle ampleur. Si vivre libre c’est mourir, comment reprocher qu’on préfère vivre en prison, malgré les beaux discours enflammés ? Mais si on ne mène pas cette bataille de conviction, cette majorité manquera à coup sûr au moment décisif.
S.J.

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