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LA GRECE... ET NOUS

mercredi 16 septembre 2015

Contribution de
Pierre Zarka ; Observatoire des MOuvements de la Société/ Ensemble

Comment expliquer qu’au lendemain du référendum grec, nous en soyons à la déconvenue et à la perplexité ? Cela nous interpelle autant que les grecs.
N’y a-t-il pas l’illusion que le capital pourrait encore intégrer un compromis de type keynésien et que l’affrontement avec les forces de l’UE pourrait être évité ? Comme si les conditions des acquis de 1945 étaient inchangées. Travail et vie en société heurtent désormais trop la course au profit et la domination. Hans Werner Sinn conseiller du ministre allemand des finances précise : La crise européenne exclut les solutions keynésiennes... i
Or, l’ensemble des propositions et des actes des forces alternatives est de nature keynésienne et demeure dans le cadre du capitalisme : nous voulons relancer l’emploi et au nom du réalisme, contournons la question de l’appropriation collective des leviers de l’économie. Mais qui a subi un licenciement collectif sait que sans pouvoir sur l’économie rien n’est possible.
Les rapports d’assujettissement se grippent. Y compris les modes de représentations. D’où cette sortie de Sapin : nous ne pouvons pas laisser des élections changer quoi que ce soit ; d’où la quête d’instruments de domination qui échappent aux pressions populaires comme le Tafta. Varoufakis rapporte que lors des discussions entre l’Eurogroupe et Syriza, il leur fut répondu : L’Eurogroupe n’a pas d’existence légale. Il s’agit d’un groupe informel, en conséquence de quoi, aucune loi écrite ne limite l’action de son président.
Nous avons besoin de changer notre mental. La Grèce montre qu’en rester aux luttes contre les effets du capitalisme, ne permet pas de se dégager de ses logiques. La projection d’une autre organisation de la société est la clé du rapport des forces et de l’ouverture de nouveaux possibles. Nous ne pouvons pas abandonner les gens à n’envisager que des catastrophes lorsqu’ils parlent d’avenir. On ne peut laisser au capital le monopole de la prise d’initiative. Qui pose la question de qui doit maitriser les flux financiers, détermine déjà les conditions du combat. Notre modèle social a découlé d’un affrontement sur la conception de la société. La création de la Sécu porte le principe de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins et doit quelque chose à l’idée que l’on se faisait du communisme. Processus de transformation suppose de s’en prendre d’amblée aux outils d’exploitation et de domination. L’agir a besoin d’inclure la conceptualisation d’un autre système. Si le rapport entre action et pensée n’est pas mécanique, les gens agissent en gros en fonction de leur pensée. Avant de devenir réalisable, un objectif qui casse la logique capitaliste, et seulement s’il la casse, peut devenir force propulsive.
Peut-il y avoir un chemin qui mène à l’émancipation qui ne soit pas lui-même émancipateur ? La genèse du système représentatif découle de la volonté de tenir les dominés à l’écart de toute vie politique hormis le moment électoral. Cette substitution des intéressés par une élite empêche le peuple d’être l’élément décisif du rapport de forces, réduisant son rôle à la seule réclamation. L’expérience grecque nous interpelle : est-il possible avec l’internationalisation de la lutte des classes, de penser établir un rapport de forces positif dans le seul respect des cadres institués…par le capital ? La question n’est pas de les ignorer mais de les subvertir par un lien nouveau entre lutte et élection. Le sens d’une visée, s’il est bien émancipateur, peut avoir une portée universelle, servir de référence pour tous les peuples et rendre possibles des convergences à partir de situations très diverses. Il faudra bien faire mentir le Financial Times qui, comparant le gouvernement grec à un miasme, s’esclaffait : Le système a montré qu’il était capable d’absorber le virus.

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