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LA MORT D’UN OUVRIER EN PICARDIE

mercredi 22 mars 2017

Parmi ces morts que nous n’allons pas pleurer, ou plutôt qui ne comptent pas pour l’État et les médias, il y a les morts des violences policières pour qui nous avons marché dimanche 19 mars, il y a les mortes des violences conjugales entourées par un silence qui reste encore assourdissant, il y a les morts des violences guerrières devenues presque banales sur nos postes de télévision occidentale.

Et puis il y a les morts des accidents du travail. A travers le monde, « toutes les quinze secondes, un travailleur meurt d’un accident ou d’une maladie liée à son emploi, selon les chiffres de l’Organisation internationale du travail (OIT) ». En Europe aussi, l’austérité tue et ses conséquences sanitaires sont dramatiques . Plus près de nous, la « réforme » (ou plutôt destruction massive) de la Sécurité sociale (ANI & co) et du Droit du travail fragilise toujours davantage les protections collectives des travailleurs, et notamment des femmes et des plus précaires qui sont les plus touchés par les accidents du travail. En France, 600 travailleurs meurent tous les ans, dans l’indifférence générale.

Il y a peu, un agent SANEF a été fauché sur l’A1. « Il connaissait son travail par cœur, mais il y pensait aux accidents« , témoigne son épouse. « Il me disait souvent « un jour ça arrivera », sans penser que ce serait à lui. Les agents de la SANEF ont tous ça dans un coin de la tête » confie l’épouse de l’agent de la sanef. En lisant ça, je n’ai pu m’empêcher à penser à cette peur quotidienne chez mon père qui était aussi ouvrier autoroutier, et nos mères qui s’appelaient en panique dès qu’un accident avait lieu sur l’autoroute. Les milliards de bénéfices de Vinci & co grâce à la privatisation des autoroutes – une privatisation organisée avec la complaisance de l’État et de l’UMPS – se paient aussi de la sueur et du sang de ses ouvriers.

Toujours près de chez nous et il y a quelques jours, un cheminot est mort électrocuté à Amiens dans une « banale opération de maintenance » . Un autre cheminot, délégué Sud-Rail, s’est également suicidé sur son lieu de travail à la gare Saint-Lazare. Le livre noir de la SNCF ne s’arrête plus, et bizarrement, une privatisation est encore passée par là, tandis que la répression syndicale hallucinante de la SNCF conduit aux suicides de cheminots et envoie aussi au Tribunal d’Amiens nos camarades Arnaud, Jules, Romain et Rudy.

Vendredi 17 mars, c’est au tour d’ « un ouvrier âgé d’une vingtaine d’années » de mourir « sur le chantier du futur centre logistique Amazon à Boves, au sud d’Amiens » . Ça pourrait être un pote, un frère, un amant, un fils, un neveu. « Il n’avait pas vingt ans » comme disait le poète. La multinationale totalitaire Amazon n’a pas encore installé ses bureaux, que déjà elle brise des vies sur Amiens. Rassurons-nous, le cours d’Amazon se porte bien sur le Nasdaq : 852.3100 USD. Sur les friches industrielles encore tièdes de la Picardie, le capitalisme logistique pose ses griffes et dévore les filles et les fils des anciens mineurs et tisserands. Les camarades de La Brique à Lille ont encore écrit un bel article sur un centre logistique dans le Nord : . Dans le même temps, cette violence patronale ne peut exister sans la peur du chômage, un chômage de masse qui ne relève pas d’une quelconque loi économique mais bien d’un choix politique délibéré de gestion et contrôle des travailleurs. D’ailleurs, c’est ce qui attend encore les Dunlop d’Amiens Sud
Dans les Mémoires et aventures d’un prolétaire à travers la révolution, Norbert Truquin, né dans un petit village de la Somme, se retrouve à la veille de la révolution de 1848 à travailler dans une filature de laine à coté d’Amiens. Discutant du communisme avec un autre ouvrier, du nom de Constant, il présente les conditions de travail déplorables dans les fabriques à Amiens, la faim quotidienne des familles ouvrières, le travail des enfants et tout le reste. Dans sa fabrique près d’Amiens, « les bourgeois accaparaient à eux seuls les bénéfices, avec leurs enfants, qui m’avaient si bien rossé dans la forêt et qui malheureusement ne devaient pas s’arrêter là. Depuis 1830, la bourgeoisie n’a reculé devant aucun raffinement pour exploiter le prolétaire« . Quelques lignes plus loin, Norbert discute aussi de la peur quotidienne des ouvriers face au chômage, et reviens sur le sort de son ami communiste Constant qui fut remercié le samedi suivant leur discussion. « Il ne put trouver à se placer ailleurs ; sa femme était en couches de son troisième enfant ; l’ainée était une fille de cinq ans. Trois mois après Constant mourut, et sa femme ne tarda pas à le rejoindre. Tels est le sort réservé aux honnêtes gens !« . Aujourd’hui encore, les bourgeois continue d’accaparer à eux seuls les bénéfices, ne reculant « devant aucun raffinement pour exploiter le prolétaire« , et la mort reste encore « le sort réservé aux honnêtes gens« .

Sans le travail quotidien des syndicalistes, des inspecteurs du travail et des autres, les chiffres des morts au travail et les larmes de leurs familles ne seraient que plus importants, comme les profits des actionnaires qui se gavent du sang des travailleurs. Mais en tant qu’organisation politique, nous avons aussi la responsabilité de rendre visibles ces morts que nous n’allons pas pleurer, et de dénoncer ce système capitaliste et ses patrons qui exploitent les travailleurs et la nature sans ce soucier de la seule chose qu’ils possèdent, la vie.
J’espère qu’eux non plus, les morts des violences patronales, on ne les oubliera pas demain, car ce sont souvent les mêmes qui sont aussi les victimes des violences policières. Le policier protège le bourgeois, et « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Sylvain C. (Amiens)

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