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POUR LA CATALOGNE !

samedi 4 novembre 2017

Le principal et le final : "c’est aux Catalans de décider"

La question catalane aujourd’hui en Espagne, dépasse de loin le seul territoire de la patrie d’Andrés Nin et de Dali, et la seule question de l’indépendance. Et la solidarité plus qu’urgente, dramatiquement faible pour l’instant, doit appréhender justement cette dimension à la fois de la nature de l’Etat espagnol dans son entier, des luttes politiques qui le traversent depuis 1976, mais aussi des enjeux de l’Europe néo-libérale (les amis de Rajoy) dans cette affaire.

Arrêtons donc de nous focaliser sur une analyse binaire centrée sur la Catalogne, qui plus est, si c’est pour reprendre les arguments simplistes des médias libéraux et de Madrid, ou de témoigner d’une ignorance réelle de la société catalane et de son combat pour une république démocratique et sociale.

Il n’est pas inutile de rappeler un certain nombre d’éléments fondamentaux, historiques, politiques, qui accompagnent et qui englobent même la question catalane, et non l’inverse, et qui suffisent à eux seuls à valider une solidarité inconditionnelle au processus populaire de rupture en Catalogne, quoi qu’on pense de l’option indépendance par ailleurs :

- la question de la Constitution de 1978, qui est directement le fruit d’un compromis "de transition" entre le PSOE d’un côté et la droite franquiste de l’autre, le tout sous menace d’un rapport de force puissant (déjà !), imposé par les organisations, la société basque et catalane, à l’époque. Exemple qui concerne directement la situation actuelle : Le cadre institutionnel des "Autonomies" accordé d’un côté, "l’armée est la garante de l’unité nationale" de l’autre. Tout un équilibre de contradictions intenable, qui explose aujourd’hui...

- la question des corps constitués et de la nature des institutions espagnoles, de qui les dirige : audience nationale, tribunal suprême, armée, police, guardia civil... la liste est longue. Gangrénées par l’absence de séparation des pouvoirs, le soutien inconditionnel à la monarchie et très souvent à l’Eglise la plus rétrograde (Opus Dei), l’appétit pour l’autorité et la répression, l’endogamie et le recyclage des franquistes, etc... ces corps et ces institutions n’ont pas changé d’un pouce depuis 40 ans. Là aussi, on voit le résultat aujourd’hui. Il faut consulter la vidéo de la Vanguardia d’hier, sur le dialogue (en caméra caché) entre des policiers espagnols à propos des membres du gouvernement catalan arrêtés, pour bien voir à quel niveau on en est de ce côté-là. Je pèse mes mots : fondamentalement, aucune différence avec la police d’Erdogan ou d’El Assad.

- la question politique du centralisme espagnol, aussi ancrée historiquement que l’est l’aspiration à l’indépendance ou à l’autonomie forte, au Pays basque et en Catalogne (dans une moindre mesure en Galice), aussi prégnante dans la vie politique que le jacobinisme l’est en France, dans un contexte historique différent. C’est là que le bat blesse pour la gauche, car depuis longtemps les positions, les réflexes de la gauche espagnole sur les questions basque et catalane, sont principalement centraliste et légitimiste. C’est le cas dans son écrasante majorité du PSOE, mais aussi de IU, et aujourd’hui... de Podemos.

Là où c’est consternant, c’est que le PSOE a été l’acteur direct et légitimé de la modification du statut de la Catalogne en 2006, retoqué en 2010 par le PP au pouvoir. Le PSOE aujourd’hui, agit comme si cet épisode n’avait jamais existé, ni sa responsabilité directe engagée ! De ce point de vue le PSOE est clairement un des gros responsables de la crise actuelle. Autant que Rajoy et le PP. N’oublions pas que PP + Ciudadanos sont minoritaires aux Cortès et qu’une simple décision du PSOE peut mettre Rajoy à terre !

IU est silencieux ou inaudible car viscéralement anti indépendantiste (sauf en Navarre).

Quant à Podemos, partant de la crise interne qu’il traverse depuis septembre sur la question catalane, le mouvement, par manque de clarté et de courage politique, va au devant de grandes désillusions : chute annoncée de ses bons scores obtenus en 2015 en Catalogne, mais aussi au Pays basque/Navarre, qui avaient créé la surprise. Baisse dans le reste de l’Espagne pour ne pas avoir su gérer l’affrontement central avec le PP/PSOE sur la question des institutions et de la République en rebondissant sur la question catalane, et ne pas avoir porté haut et fort l’enjeu d’un état pluri national. C’était le rôle qui incombait à Podemos (la 3ème voie), et il ne l’a pas rempli. Dès lors quelle alternative incarne ce mouvement ? Cela se payera dans les urnes évidemment.

- point évoqué à l’instant, la question du régime politique et de la République. Depuis 2 ans les sondages divers donnent une majorité des - de 40 ans et des habitants des grandes villes favorables à la République. Pour qui fréquente l’Espagne et ses manifs, on a pu constater une évolution tangible sur cette question, dans les slogans et la profusion de bannières tricolores dans les mobilisations populaires ces dernières années, alimentée aussi par les scandales et la corruption au sein de la famille royale. Question à laquelle toute femme ou homme de gauche devrait savoir répondre : qui a rétabli la monarchie en Espagne ? Franco, les fascistes et l’Eglise ! Dès lors, la revendication centrale d’une République, posée par les indépendantistes catalans, mérite toute notre attention, car c’est en Espagne une revendication fondamentalement de gauche. Bizarrement cet élément essentiel de la crise est absent de tous les plateaux médias, mais aussi des débats qui traverse la gauche française. Podemos s’est bien gardé sur ce point-là aussi de rebondir sur la question catalane, pour poser l’enjeu d’une République démocratique et sociale d’Espagne. Pathétique.

- les enjeux liés à Bruxelles et à la doxa libérale, portée par les deux pays leaders européens, l’Allemagne et la France.

Qui ne voit dans l’approche de la crise catalane par Bruxelles, Paris et Berlin, la preuve de leur désarroi face à une situation jugée déstabilisante, périlleuse pour l’ordre dominant européen, à deux niveaux, et donc la justification de leur soutien inconditionnel aux libéraux autoritaires de Madrid ? Car de quel double enjeu s’agit-il ?

- d’abord de la question fondamentale du droit des peuples à décider de leur destin. Nous avons tous vu, comment les autorités européennes ont géré la question de la Grèce ces dernières années.

Ils prennent le taureau catalan par les cornes de la même manière. A genoux et rien d’autre ! Que Puigdemont soit positionné au centre-droit de l’échiquier politique ne change rien à l’affaire. C’est de laisser la parole et l’initiative libres aux peuples d’Europe dont il s’agit, comme en France en 2005. Et de cela, il n’en est pas question.

- ensuite, ils identifient très bien, comme Madrid le fait d’ailleurs, la nature très majoritairement démocratique, sociale et émancipatrice, du mouvement populaire en Catalogne. De ce point de vue, la structuration du mouvement et la gestion des mobilisations (dans lesquelles le rôle des CUP, ERC, ANC est déterminant), mais aussi le projet politique que ce mouvement porte, sont fondamentalement de gauche. C’est aussi cet élément-là qui interpelle les néolibéraux de toute l’Europe. Barcelone est déjà aux mains d’une « communiste », stop ça suffit ! Là aussi la présence d’un mouvement de centre-droit par ailleurs non majoritaire dans l’arc politique indépendantiste, ne change rien à l’affaire. Car il s’agit de ne pas se tromper sur la nature de l’électorat du parti de Puigdemont : petite et moyenne bourgeoisie, droite catalaniste essentiellement rurale. Grande bourgeoisie et cercles de la finance ne sont pas ou très peu concernés par la revendication indépendantiste. Comme expliquer sinon, la fuite des grandes banques et sociétés de Catalogne par centaines, comme cela a été brandi en menace depuis un mois, par Bruxelles et Juncker (au passage, dirigeant d’un pays 13 fois plus petit que la Catalogne, pourtant membre fondateur de l’Europe des 6...) ?

Voilà me semble-t-il 5 grandes et bonnes raisons d’apporter notre soutien et notre solidarité à la Catalogne, sans avoir besoin de se « piéger » dans la question de l’indépendance qui n’est pas notre affaire, mais relève de la seule décision des catalans.

François

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