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La « flexisécurité » est l’objectif central des libéraux

lundi 18 décembre 2017

Par Christian de Montlibert, sociologue, directeur de la revue Regards Sociologiques

Vers 1970, l’utopie d’une éducation permanente pour tous prenait corps. La force de la grande grève de 1968 permettait aux syndicats de faire reconnaitre, en 1971, un droit à la formation et d’arracher son financement par une taxe versée par les entreprises. Un Institut National pour la Formation des Adultes était créé pour mener des recherches et mettre en place une sorte d’Ecole normale des formateurs. Mais le Centre national du Patronat français ne voulait ni d’un prélèvement de la taxe par l’Etat ni d’une éducation permanente organisée par l’Education Nationale qui, à ses yeux, ignorait les « besoins des entreprises ». A peine né, l’Institut national était donc condamné et l’Education nationale était, en grande partie, exclue des dispositifs. Pour René Haby, ministre de l’éducation de Chirac, l’utopie d’une éducation permanente prolongeant l école unique était un « fantasme » ! Seule une formation professionnelle, inculquant un « savoir –être » bien adapté à la nouvelle vulgate entrepreneuriale, verrait le jour. Dans ces conditions les inégalités d’accès à la formation continue s’accentueront : les ouvriers sont moins présents que les cadres supérieurs et les sans diplômes presque absents. La formation servira aussi de laboratoire pour introduire les innovations que souhaitait le patronat : remplacer les qualifications garanties par un diplôme d’Etat par des « compétences » définies par les seules entreprises.

Depuis le sommet de Lisbonne, la « flexisécurité » est l‘objectif central à atteindre pour permettre le développement d’une « économie de la connaissance ». Elle exige de remplacer les enseignements organisés par les Etats par un marché des savoirs dans lequel chacun peut puiser en fonction de ses intérêts. Le président Macron, en bon adepte du néo-libéralisme, ne peut que réorganiser le système de formation existant en fonction de la logique voulue par les instances européennes. La taxe légale de 1% sera supprimée, seule sera maintenue une taxe de 0,3% sur la masse salariale pour financer la formation des chômeurs. Au nom d’une rationalité technocratique, chacune des trois parties prenantes se recentre sur son « cœur de métier » (le « spin off » du management) : aux régions, parce qu’elles sont supposées mieux connaitre les bassins d’emploi, de former les chômeurs ; aux entreprises de choisir sur le marché la formation qui convient le mieux à leurs « besoins » ; aux individus, pour se doter des compétences nécessaires pour gérer au mieux leur parcours professionnel, de chercher sur le marché la formation qui permettra de garantir leur « employabilité ». Cette organisation est un concentré d’idéologie néo libérale. En donnant la responsabilité des chômeurs aux régions, la méfiance des instances européennes à l’encontre des Etats se trouve renforcée ; la détermination des « besoins de formation », parce qu’elle est toujours adaptée à la division du travail telle qu’elle est définie à un moment donné dans une entreprise donnée, plait aux entreprises. Restera aux individus, disposant du libre choix d’accumuler leurs « compétences », à prévoir les bouleversements de l’économie, les changements technologiques, les réorganisations de la division du travail ! la loi de l’offre et de la demande s’impose. En somme le « programme ambitieux en vue de moderniser les systèmes de sécurité sociale et d’éducation » voulu à Lisbonne est à l œuvre. Après la régression du droit du travail, voici la formation, reste à venir la réforme de la sécurité sociale.

source Fondation Copernic

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