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Vaccin, la course indécente aux profits

jeudi 7 janvier 2021

1-En mai dernier E Macron a annoncé que "le vaccin doit être un bien public mondial extrait des lois du marché". Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jean-Louis Peyren Délégué CGT à Sanofi

Aujourd’hui chaque laboratoire pharmaceutique veut mettre SON vaccin sur le marché pour en tirer le maximum de profit. Pfizer a gagné la course mais n’est pas en capacité de produire suffisamment de doses de vaccins pour l’ensemble des besoins sur la planète. Il aurait fallu une collaboration entre laboratoires et industries pharmaceutiques pour répondre aux besoins mais le principe de concurrence empêche cette solidarité pour mettre en commun des objectifs de production. On est bien loin du vaccin bien commun de l’Humanité et les laboratoires continuent de breveter leurs médicaments.

Gérard Chaouat Chercheur

AUCUN vaccin disponible n’est fait en Europe et en Amérique par un établissement de recherche publique, ni même par une fondation théoriquement sans but lucratif. L’Institut Pasteur dont le vaccin (TMV-083 ou V 591) est actuellement testé en partie à l’hôpital Cochin, voit ses chercheurs travailler en coopération avec le groupe autrichien Thémis, qui cache (mal) le groupe MSD Merck Sharp et Dome. Si Pasteur Lille travaille sur un vaccin par spray nasal (ce qui est par ailleurs très intéressant) tout indique que le produit sera confectionné en coopération avec un groupe industriel, sauf miracle. L’exemple du rachat par Gilead du Sofosbuvir (Sovaldi traitement certes efficace à 90 % de l’hépatite C) pour fixer le prix après négociations à 41000 euros le traitement de 3 mois (56000 demandés au départ soit 280 fois -mais oui !- son prix de production) est dans toutes les têtes. Les variations énormes de prix suivant les pays montrent bien que les objectifs de profit sont prioritaires. S’ajoutent les manœuvres boursières. Moderna par exemple a vu son action flamber de 20 % le 18 mai dernier après la nomination de Moncef Slaoui par Trump à la tête de « Warp Speed » qui a procédé à cette occasion à une augmentation de capital, et pèse entre 29 et 31 milliards de dollars de façon purement spéculative puisque l’homologation du vaccin ARN sera son 1er produit commercialisé. De même, si c’est une manœuvre individuelle, la vente d’actions Pfizer par Albert Bourla son président, pour 5.56 millions de dollars le lundi de l’annonce des résultats du virus, est éloquente. Ajoutons que dans la mesure où il n’y a pas de vaccin français et que les prix sont négociés au niveau Européen, la gesticulation de Macron relève de l’annonce à visée démagogique sans effet réel.

2- La vaccination contre la Covid19 sera gratuite pour toutes et tous. Mais qui va payer l’addition ?

Gérard Chaouat Chercheur

La réponse est très simple et sera lapidaire…Le gouvernement a budgété 1.5 milliards d’euros dans le budget de la sécurité sociale pour 2021… Donc la gratuité individuelle n’est qu’apparente, puisque c’est payé par un organisme qui dépend de nos cotisations. La commande de 12 Rafales en urgence par Florence Parly est pourtant (évidemment) (à peu prés même somme:1.4 milliards d’ euros) prise sur le budget ministériel.

Jean-Louis Peyren Délégué CGT à Sanofi

La gratuité ça se finance. Le vaccin est remboursé grâce à la sécurité sociale, donc grâce à nos cotisations sociales. Mais en plus on paie deux fois, parce que l’industrie pharmaceutique est largement subventionnée par le CICE et le CIR. Sans compter que nous n’avons aucune transparence sur le coût réel de la production du vaccin et que nous alimentons les dividendes des actionnaires. Bien évidemment la société Pfizer arrose ses actionnaires. Quant à Sanofi, je ne suis pas sur que la direction continue les essais cliniques, dans la mesure où ils sont en retard sur les autres laboratoires, et que le rapport bénéfices/risques devient moins favorable. Sanofi a déjà annoncé que son vaccin ne serait pas prêt avant le dernier trimestre 2021.

3-Que faire pour virer les actionnaires et privilégier une appropriation sociale du médicament ?

Gérard Chaouat Chercheur

Une seule solution : nationalisation, expropriation, construction d’usines de production et d’un pole de recherches vaccins médicaments en lieu et place du financement sur projets courts par l’ANR dans le cadre de la LPR.

Jean-Louis Peyren Délégué CGT à Sanofi

Il faut renverser la table. Quand il y a un intérêt primordial pour les citoyens, on peut réquisitionner des entreprises. S’il avait la volonté politique de le faire, Macron pourrait décider de réquisitionner les entreprises et laboratoires pharmaceutiques pour organiser la production et la distribution de vaccins. Les dispositions législatives existent pour le faire. Il faut sortir toute la santé du système capitaliste, on ne peut plus faire de profit sur la santé. Et nous n’avons pas non plus besoin d’entreprises publiques gérées comme des entreprises privées. Il faut adosser la production de médicaments à un pole public, à la sécurité sociale et maîtriser les choix de production y compris en décidant de se libérer du principe des brevets.

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